
LES CAPÉTIENS
987
Avènement de Hugues Capet. — A la mort de Louis V, la couronne revenait à son
oncle Charles, duc de la Basse-Lorraine, frère de Louis d'Outre-mer, mais
les seigneurs le repoussèrent parce qu'il s'était reconnu vassal
d'Othon, empereur d'Allemagne, et offrirent le trône à Hugues Capet,
maire du palais, fils de Hugues le Grand. Proclamé roi à Noyon,
Hugues Capet alla se faire sacrer à Reims par l'archevêque Adalbéron,
et fixa sa résidence à Paris, qui n'a depuis lors cessé d'être
la capitale de la France.
Hugues Capet n'ayant été élu que par un petit nombre de
seigneurs, s'efforça de se faire accepter par ceux qui n'avaient pas participé à son élection,
et dans ce but eut recours, avec succès, aux bons offices de l'Eglise.
Il lui fallut cependant imposer son autorité par la force à quelques
mécontents. Un des plus irréductibles était Adalbert, comte
de Périgueux, qui cependant finit par reconnaître sa suzeraineté.
991
Hugues Capet eut à soutenir une autre guerre contre Charles de,Lorraine
que son ascension au trône avait évincé. Charles avait pu,
grâce à quelque trahison, se rendre maître de Laon où il
s'était fait proclamer roi par ses compagnons. Une autre trahison livra
la ville et le prétendant à Hugues Capet : Charles fut enfermé à Orléans,
où il mourut en 992.
Afin d'éviter à son fils Robert les surprises que réservaient
alors les successions au trône, et qu'il avait vu si souvent se produire,
Hugues voulut de son vivant élever son successeur à la royauté ;
dans ce but, il l'associa au trône.
996
Avènement de Robert le Pieux, fils de Hugues Capet et d'Adélaïde
de Poitiers. Ce roi a laissé une réputation méritée
de bonté et de charité. Il cultiva les arts avec succès.
Son règne ne vit pas de guerres, mais il eut, à cause de ses femmes,
de nombreuses tribulations. Il avait épousé pour des raisons politiques
Rosala, fille de Bérenger, comte de Provence, qu'il n'aimait pas et qu'il
répudia dès qu'il le put pour épouser Berthe de Bourgogne,
sa cousine, dont il était épris. Ce mariage scandalisa le Saint-Siège,
et Robert fut frappé d'excommunication : cela était alors une chose
trop grave pour qu'il passât outre. Il dut se séparer de Berthe,
et ne put reprendre Rosala, qui avait embrassé l'état monastique.
Il épousa en troisièmes noces Constance, fille d'un comte d'Arles,
belle, intelligente, mais impérieuse et hautaine, qui ne tarda pas à s'aliéner
toute la noblesse d'origine franque dont son époux était entouré.
1000
En cette année, selon la croyance superstitieuse du peuple dans presque
toute l'Europe, le monde devait finir : on croyait avoir vu cette prédiction
dans l'Apocalypse (texte symbolique, incompris à l'époque). Depuis
quelques années, le monde était en proie à la terreur ;
chacun s'ingéniait à détourner de soi, par sa piété et
ses bonnes œuvres, le châtiment qui devait frapper les pécheurs
au dernier jour universel, que l'on croyait si proche. L'histoire a gardé le
souvenir de l'an mille comme celui du temps où l'âme humaine fut
le plus troublée. Mais cette époque ne fut marquée que
par une grande famine causée par l'incurie des gens qui, dans l'attente
de la mort, avaient cru inutile de cultiver les terres.
1016 -1020
Réunion à la France du duché de Bourgogne : le
dernier duc étant mort sans héritier, le duché devait faire
retour à la couronne ; mais en raison de l'opposition manifestée
par les grands du duché contre cette solution, il fallut prendre les armes
pour faire rentrer cette province dans l'obéissance.
1031
Avènement de Henri Ier, fils de Robert le Pieux et de Constance. Cette
dernière avait projeté de faire donner la couronne à son
autre fils Robert, et elle le poussa à renverser Henri, qui dut prendre
les armes pour se défendre. Robert fut vaincu dans cette lutte, mais Henri,
dans un but de pacification, lui céda le duché de Bourgogne (qui
resta dans sa famille jusqu'en 1361).
1032
Année de cruelle famine, conséquence de l'incurie résultant
des terreurs vécues dans l'attente de l'an mille.
1033
Rodolphe III, roi de Provence, lègue en mourant son royaume à Conrad
II, empereur d'Allemagne. — Des aventuriers normands, commandés
par les fils de Tancrède de Hauteville, s'emparent de la Pouille (Italie)
et l'érigent en comté au bénéfice de leur chef. Cette
conquête amena la création du royaume des Deux-Siciles, sur lequel
régna dès 1130 Roger II, fils de Tancrède.
1035
Avènement au duché de Normandie de Guillaume le Bâtard, plus
connu sous le nom de Guillaume le Conquérant, né en 1027, fils
du duc Robert le Diable ou le Magnifique.
1041
Établissement, à l'instigation des évêques, de la
Trêve de Dieu, instituée dans le but de réduire les guerres
privées et de protéger les gens sans défense contre les
brutalités et les exactions des hommes de guerre : elle interdisait tout
acte de violence entre le mercredi soir et le lundi matin. Inutile de dire que
cette généreuse institution ne fut pas toujours appliquée.
La Chevalerie fut instituée à la même époque, aussi à l'instigation
de l'Église, pour faire respecter la Trêve de Dieu et protéger
les faibles.
La Trêve de Dieu et la Chevalerie eurent une action indéniablement
bienfaisante sur les idées et les mœurs de la féodalité.
1043
Apparition en France du mal des Ardents, fléau épidémique,
sorte de lèpre qui sévit pendant deux siècles.
1060
1060 Avènement de Philippe Ier, fils de Henri Ier et d'Anne de Russie,
né en 1052. Indolent et ami des plaisirs, ce roi ne prit que peu de part
aux grandes choses qui s'accomplirent sous son règne. Âgé seulement
de huit ans à la mort de son père, il régna d'abord sous
la tutelle de Baudouin V, comte de Flandre. Il eut, comme Robert le Pieux, maille à partir
avec le Saint-Siège à propos de ses mariages. En effet, il avait épousé Berthe,
fille de Florent, comte de Hollande, et il la répudia pour vivre avec
Bertrade de Montfort, femme de Foulques, comte d'Anjou, qu'il avait enlevée.
Il fut pour ces faits excommunié.
1086
Conquête de l'Angleterre par les Normands dirigés par Guillaume
le Conquérant. Guillaume prétendait avoir des droits sur l'Angleterre
en vertu d'un testament d'Édouard le Confesseur. Il prit ce prétexte
pour faire une descente en Angleterre. A la bataille d'Hastings, il battit le
roi Harold, qui fut tué. Guillaume établit sa souveraineté sur
le pays et le distribua en fiefs entre ses compagnons. Cette conquête fut
une des causes des longues guerres qui eurent lieu entre l'Angleterre et la France.
1071
Philippe Ier, intervenant dans les affaires de Flandre, est battu à Cassel.
1087
Intervention de Philippe Ier dans le différend entre Guillaume le Conquérant
et son fils Robert Courte-Heuse (en faveur de Robert) ; il est battu à Mantes.
1094
Fondation du royaume de Portugal. Deux chevaliers de Bourgogne, Henri et Raymond,
ayant été appelés en Espagne par le roi de Castille Alphonse
VI, devinrent ses gendres. Le fils de Henri fut roi du Portugal (que les deux
frères avaient fondé) ; le fils de Raymond succéda au
roi de Castille.
1095
Le moine Pierre l'Ermite prêche la première croisade au concile
de Clermont-Ferrand, présidé par le pape Urbain II. Cet appel aux
armes de la chrétienté se justifiait par les mauvais traitements
que les musulmans, maîtres de la Palestine, faisaient subir à leurs
sujets chrétiens et aux pèlerins qui allaient visiter les Lieux
saints. Le but de l'expédition réclamée par Pierre l'Ermite,
et des sept autres croisades qui suivirent celle-là, était donc
de libérer les chrétiens d'Asie et les Lieux saints du joug des
musulmans, et en occupant ces lointains territoires, de prévenir de nouvelles
entreprises des sectateurs de Mahomet contre les nations d'Occident. Les croisades échouèrent à ce
point de vue, mais elles eurent pour la civilisation de l'Europe des conséquences
indéniablement heureuses.
1096 -1099
Première croisade : elle comprit deux expéditions : d'abord
Pierre l'Ermite et Gautier Sans-Avoir, pauvre gentilhomme bourguignon, partirent à la
tête d'une masse confuse, indisciplinée, ignorante et dénuée
de tout : ces bandes à peu près désarmées et affamées,
traversèrent péniblement l'Europe, trouvèrent à Constantinople
un accueil qui les réconforta sans les rendre plus redoutables et passèrent
en Asie où le sultan de Nicée, à la bataille de ce nom,
les tailla en pièces. La deuxième expédition ne comprenait
que des gens aguerris et pourvus, en armes et en approvisionnements, de ce qui
leur était nécessaire : c'était une véritable armée,
qui marcha en bon ordre sous le commandement de Godefroy de Bouillon, duc de
Basse-Lorraine. Cette expédition rencontra en Asie de grandes difficultés
; néanmoins, après s'être emparée des villes de Nicée,
Tarse, Antioche, elle assiégea et prit Jérusalem. Godefroy de Bouillon
en fut proclamé roi (1099), et y promulgua, d'accord avec les seigneurs
qui l'accompagnaient, les Assises de Jérusalem, qui instauraient en Asie
la féodalité européenne. Le nouvel État dura jusqu'en
1187, époque à laquelle il fut détruit par le sultan Saladin.
1099
Le roi Philippe Ier associe à la couronne son fils Louis, né de
Berthe de Hollande en 1081 : ce sera dans l'histoire, Louis VI le Gros, surnommé aussi
le Batailleur et l'Éveillé.
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