1501-1503
Louis XII s'allie avec Ferdinand le Catholique, roi d'Espagne, pour
faire la conquête du royaume de Naples dont il lui promet une part, par
le traité de Grenade. Les deux souverains ont respectivement pour généraux
le duc de Nemours et Gonsalve de Cordoue. Le royaume de Naples (où restaient çà et
là des éléments français depuis l'expédition
de Charles VIII) est rapidement conquis. Cependant les Espagnols soulèvent
des difficultés à propos de la délimitation de leur part
de la conquête : ils sont plus nombreux que les Français et en
profitent pour chasser du midi de l'Italie leurs alliés de la veille
: ils restent maîtres du royaume. C'est pour faire sauter les forts de
Naples occupés par les Français, que l'on fait pour la première
fois usage de la mine. Les faits d'armes les plus remarquables qui résultent
de ces événements sont les défaites des Français à Seminara,
Cérignole et sur le Garigliano. Dans cette campagne, se distinguèrent
particulièrement les capitaines français : La Palisse, le chevalier
Bayard, le duc de Nemours et Louis d'Ars. Ce dernier ayant été bloqué dans
la ville de Venouse qu'il commandait, y soutint un siège d'une année,
et ne l'abandonna qu'en 1504 sur l'ordre formel de Louis XII : il traversa
alors toute l'Italie avec toute sa petite troupe, et ses armes et bagages,
pour rentrer en France.
1504-1505
Traités de Blois (1505), qui consacrent la ruine des espérances
des Français en Italie. Le royaume de Naples étant
complètement perdu pour Louis XII, il lui reste le Milanais, sous réserve
d'une redevance à payer à Maximilien d'Autriche. Il décide
alors de fiancer sa fille Claude de France, née en 1499, à Charles
d'Autriche, petit-fils de l'empereur d'Allemagne et du roi d'Espagne Ferdinand
le Catholique ; Claude de France recevra en dot le Milanais et les duchés
de Bourgogne et de Bretagne. Par un autre traité, est arrêté le
mariage de Germaine de Foix, nièce de Louis XII, avec le roi d'Espagne,
veuf de Isabelle de Castille.
1508
États généraux de Tours. — Convoqués par Louis
XII, ils annulent le traité de Blois relatif au mariage de Claude de
France, qu'ils supplient Louis XII de donner de préférence pour
femme à François d'Angoulême (lequel doit être son
héritier). Ainsi le Milanais peut-être, et en tout cas sûrement
la Bourgogne et la Bretagne resteront à la Couronne de France. Pour témoigner à Louis
XII la gratitude de la Nation pour sa bonté, et pour les réductions
d'impôts qu'il a ordonnées, les États lui décernent
le titre de Père du Peuple.
— Formation entre Louis XII, Maximilien d'Autriche, Ferdinand le Catholique
et le pape Jules II de la Ligue de Cambrai contre la république de Venise
dont les empiétements les inquiètent et dont les pro-cédés équivoques
les ont tous plus ou moins lésés. Louis XII est à la tête
des Français.
1509
Victoire des Français commandés par Louis XII, à Agnadel,
sur les Vénitiens. Ceux-ci, après leur défaite, retirent
dans leur territoire propre, toutes leurs troupes de la terre ferme qu'elles
occupaient et ouvrent une campagne diplomatique dans le but de désunir
les nouveaux alliés.
1511
Le pape Jules II, à qui les Vénitiens ont restitué les villes
qu'ils lui avaient prises dans la Romagne, se réconcilie avec la République
et se retourne contre Louis XII. Il noue à son tour une ligue dans laquelle
ne tardent pas à entrer ceux qui hier encore étaient les alliés
du roi de France, puis Henri VIII d'Angle-terre. Le but de cette ligue est de
chasser complète-ment les Français d'Italie. — Mort de Commines.
1511-1513
La nouvelle campagne d'Italie est pour l'armée française
et ses chefs une suite de faits glorieux, mais le résultat en est déplorable.
Gaston de Foix (neveu de Louis XII) s'illustre à Bologne, à Brescia, à Ravenne.
Bayard renouvelle ses exploits. Mais les Français sont battus à Novare
entre Turin et Milan. Entre temps les Anglais avaient envahi la France au nord,
et infligeaient à la chevalerie française une sévère
défaite à Guinegate en une rencontre qui fut appelée « Journée
des Eperons », à cause de la rapidité avec laquelle les
nôtres se sauvèrent du champ de bataille. La France était
envahie aussi dans le sud, en Navarre, et dans l'est, par les Suisses qui s'avancèrent
jusqu'à Dijon. La guerre se faisait aussi contre les Anglais sur mer
: notre marine, encore bien peu nombreuse, y perdit la Belle Cordelière,
vaisseau d'un modèle alors tout nouveau, et que son capitaine Primoguet,
fit sauter plutôt que de le rendre à la flotte ennemie supérieure
en force.
1514
Mort d'Anne de Bretagne. Mariage de Claude de France avec François d'Angoulême.
Louis XII se réconcilie avec Henri VIII, dont il épousa la soeur
(Traité de Londres). Cessation des hostilités contre la France
par suite d'accords entre Louis XII et les confédérés encore
agissants. II est remarquable que les revers militaires et diplomatiques essuyés
par Louis XII n'ont pas nui à la prospérité intérieure
de la France. La Couronne s'est vue à plusieurs reprises dans de grands
embarras financiers, néanmoins au cours du règne, la population
s'est accrue, le commerce s'est développé, le bien-être
s'est étendu — et le roi est resté populaire. Louis XII
a été puissamment aidé dans la bonne conduite des affaires
intérieures par son premier ministre, le cardinal Georges d'Amboise,
auquel la population garde autant de reconnaissance qu'à lui-même.
1515
Mort de Louis XII. — Il ne laisse pas d'enfants.
VALOIS-ANGOULÊME
1515
La couronne passe au gendre de Louis XII, François d'Angoulême,
fils de Charles d'Orléans et de Louise de Savoie, né en 1494,
qui prend le nom de François Ier.
L'année même de son avènement, impatient de venger les échecs
militaires que la France vient de subir, et de reprendre le Milanais, François
Ier rassemble en hâte une armée de près de 35 000 combattants,
franchit hardiment les Alpes au col de l'Argentière et fond sur le Milanais
où, la première surprise passée, les troupes suisses ennemies
lui opposent une résistance héroïque. Néanmoins,
elles sont taillées en pièces à Marignan (environs de
Milan) dans une bataille de deux jours (13 et 14 septembre). Après cette
victoire, François se fait armer chevalier par Bayard. La victoire de
Marignan rend François Ier maître du Milanais et décide
le doge de Gênes à lui faire la remise du territoire de cet État.
1515-1516
La victoire que François Ier vient de remporter lui donne un
prestige immense en Europe. Les Suisses, redoutant sa puissance, renoncent à le
combattre désormais ; ils signent avec lui, à Fribourg, un traité de
paix perpétuelle, grâce auquel ils ne loueront plus leurs services à d'autres
princes qu'aux rois de France. Le pape Léon X fait alliance avec lui
; la Pragmatique sanction est dénoncée et remplacée par
un Concordat qui met fin à tous les différends entre la France
et le Saint-Siège et aux termes duquel le roi de France se réserve
le droit de nomination aux évêchés et abbayes, le pape ne
gardant que le droit d'investiture canonique (Concordat de Bologne, 1516). Quelques
semaines auparavant, François Ier avait signé avec Charles d'Autriche,
roi d'Espagne, le traité de Noyon ; il renonçait en faveur de
Charles à ses prétentions sur le royaume de Naples et Charles
s'engageait à restituer la Navarre à Henri d'Albret. Ces divers
traités mettent fin à la guerre.
1518-1517
Débuts de la Réforme religieuse ; en 1516, Zwingle,
curé de Zurich, prêche en Suisse contre l'adoration des reliques,
les mœurs des moines et le luxe de la cour de Borne ; en 1517, Luther,
en Allemagne, prêche contre le trafic que fait des indulgences la cour
de Rome pour remplir son trésor.
1518-1520
En 1516, Charles d'Autriche est devenu roi d'Espagne par suite de
la mort de son aïeul maternel Ferdinand : il a pris le nom de Charles
V (Charles-Quint). Ce prince devient le plus puissant de la chrétienté lorsque,
en 1519, il succède à son aïeul paternel dans la possession
des duchés d'Autriche : il possède alors les Pays-Bas, les Flandres,
l'Espagne, le royaume de Naples et l'Autriche ; il a été élu
empereur d'Allemagne, enfin il joint à ses possessions les immenses
et riches territoires de l'Amérique dont on ne connaît pas encore à cette époque
l'étendue.
La puissance de Charles-Quint, sans égale au monde, est une menace permanente
pour la France et pour le reste de l'Europe ; l'équilibre européen
est rompu à son profit. C'est pour rétablir cet équilibre
que vont s'engager de nouvelles guerres, premiers résultats de la rivalité entre
la Maison de France et la Maison d'Autriche. François Ier ne soutiendra
pas moins de quatre de ces guerres.
1520
Entrevue du Camp du Drap d'or. — Dans le but de contracter alliance avec
Henri VIII d'Angleterre, François Ier l'invite à une entrevue près
de Gaines, et le reçoit dans un camp magnifique, qui fut appelé Camp
du Drap d'or à cause de la magnificence qu'y déployèrent
les seigneurs français. Ce déploiement de luxe froisse Henri VIII
qui s'en retourne sans avoir conclu l'alliance désirée ; mais peu
après, il accorde à Charles-Quint ce que n'a pas pu obtenir François
Ier.
1521-1526
Première guerre entre François Ier et Charles-Quint. — François
Ier avait posé sa candidature à l'empire d'Allemagne, mais les électeurs
lui avaient préféré Charles-Quint. Autant par dépit
de cet échec que pour ruiner la puissance impériale en Italie,
François Ier arme contre son puissant voisin. Mais les
Impériaux (troupes de toute origine au service de l'Empereur) envahissent
la Champagne. Bayard les arrête par sa belle défense de Mézières.
La lutte s'établit aussi sur la frontière du Nord et les Pyrénées.
Les Français commandés par Lautrec ont envahi l'Italie ; Lautrec
se fait battre à La Bicoque en 1522. En 1523, le connétable français
duc de Bourbon, pour assouvir sa rancune contre Louise de Savoie, mère
de François Ier et en ce moment régente du royaume, passe au service
de Charles-Quint et s'entend avec lui pour démembrer la France. Mais
il faut d'abord la conquérir. Les Impériaux et autres troupes
de Charles-Quint envahissent la Guyenne, la Franche-Comté, la Cham-pagne,
mais sont repoussés partout. En Italie, le commandement de Lautrec a été donné à un
protégé de la régente, Bonnivet, aussi incapable que lui
; en effet, il est battu à Biagrasso en 1524 et obligé de battre
en retraite, pendant laquelle il subit deux nouvelles défaites, à la
Sesia et à Romagnano. Blessé, il donne le commandement à Bayard,
qui assure la retraite mais est lui-même atteint mortellement. Les Impériaux,
menés par le connétable de Bourbon, poussant vivement devant eux
les restes de l'armée française, envahissent la Provence et viennent
assiéger Mar-seille. Le siège dure depuis quarante jours lorsque
François Ier, arrivant à la tête de troupes fraîches,
force les assiégeants à se retirer; il les poursuit jus-qu'en
Italie, s'empare de Milan, et met le siège devant Pavie, mais il commet
l'imprudence de se séparer d'une partie de son armée qu'il envoie
faire la con-quête du royaume de Naples. Sur ces entrefaites, les Impériaux
reçoivent des renforts et l'attaquent vigoureusement : c'est la bataille
de Pavie (fév. 1525) que François Ier perd par son excès
de témérité, et où, ayant eu son cheval tué sous
lui, il est fait prisonnier. C'est un désastre pour les Français
qui perdent là un grand nombre d'hommes et leurs meilleurs capitaines.
François ler est emmené à Madrid où, pendant une
année de captivité, Charles-Quint essaie vainement à plusieurs
reprises de lui imposer un traité dont le résultat serait le démembrement
de la France. Il ne se résigne à le signer (Traité de Madrid,
janvier 1526) que ne voyant aucun autre moyen de rentrer en France, mais avec
l'intention de ne pas l'exécuter. Ce traité portait renonciation
de François In à toute prétention sur l'Italie, la Flandre,
l'Artois ; la Bourgogne était rendue à la maison de Charles le
Téméraire, le connétable de Bourbon était amnistié et
François Ier (devenu veuf de Claude de France) devait épouser
la soeur de Charles-Quint.
1527-1529
Deuxième guerre avec Charles-Quint. — Le traité de
Madrid constitue un danger non seulement pour la France, mais pour l'Europe.
D'ailleurs, deux grandes assemblées : Assemblée de Cognac et États
de Bourgogne en délient le roi, en proclamant qu'il n'était pas
maître d'aliéner aucune province du royaume. Henri VIII rompt son
alliance avec Charles-Quint pour se ranger à côté de François
Ier, et les républiques italiennes, menacées dans leur indépendance
par la puissance de l'Empereur, font cause commune avec eux. La guerre recommence.
Charles-Quint jette en Italie des bandes de lansquenets allemands contre lesquelles
les Italiens, mal organisés, ne peu-vent se défendre. L'Italie
est ravagée par ces pillards que commande l'ex-connétable de Bourbon.
Ils mettent à sac la ville de Milan, et marchent sur Rome, qu'ils prennent
d'assaut le 6 mai 1527. Le duc de Bourbon est tué en montant à l'assaut;
mais sa mort n'arrête pas les Allemands, et la ville, livrée pendant
huit jours au pillage, est complètement vidée des richesses artistiques
et mobilières qu'elle renfermait.
En apprenant ces événements, François Ier envoie en hâte
en Italie une armée commandée par Lautrec. Les Allemands se retirent
devant elle jusqu'à Naples où ils s'enferment, tandis que les Français
occupent le royaume. Lautrec assiège la ville et la fait bloquer par mer
par l'amiral génois André Doria. Mais ce der-nier, prenant acte
de quelques vexations subies du fait de la cour de France par la république
de Gênes, se retire avec sa flotte. D'ailleurs la peste se met dans les
rangs des Français, Lautrec meurt. le siège de
Naples est levé et les troupes de François Ier regagnent la haute
Italie (1528). L'année suivante, une autre armée française
est battue et détruite en Lombardie (à Landriano). L'Italie, cette
fois, est définitivement perdue pour la France. François Ier est
contraint de conclure la paix de Cambrai (dite Paix des Dames), parce qu'elle
fut négociée par la mère du roi de France, Louise de Savoie
et la tante de Charles-Quint). François Ier devra payer à Charles-Quint
deux millions d'écus d'or, et épouser Éléonore de
Portugal (soeur de Charles-Quint, mariage qui a lieu en 1530). Il conserve la
Bourgogne et Charles lui rend ses fils (qu'il avait dû faire venir en Espagne
comme otages, lors de la signature du traité de Madrid). L'Italie tout
entière reste sous la domination de Charles-Quint, lequel se fait couronner
en 1531 à Bologne, empereur d'Allemagne et roi d'Italie.
Entre temps, François Ier a fait alliance avec le sultan des Turcs, Soliman
le Magnifique et s'est ménagé le bon vouloir des protestants de
Suisse et d'Allemagne.
1536-1538
Troisième guerre avec Charles-Quint. — Celle-là eut
pour prétexte l'assassinat à Milan d'un agent politique que le
roi de France y entretenait secrète-ment. La vraie raison en fut, comme
pour les précédentes, la nécessité de combattre l'extension
de la puissance de Charles-Quint.
Une armée française s'empare sans coup férir du Piémont,
mais doit bientôt se retirer devant les Impériaux qui, en la poursuivant,
envahissent la Provence. Partout les populations se défendent bravement,
et poussent l'abnégation jusqu'à aider les troupes royales à ravager
le pays, afin que les ennemis n'y trouvent pas de quoi vivre. En effet, celles-ci
ne pouvant subsister dans les campagnes où tout a été détruit,
abandonnent le pays. Pendant ce temps, une armée allemande a échoué dans
sa tentative d'envahir la Picardie. Enfin, Soliman le Magnifique en envahissant
la Hongrie, a créé de nouveaux embarras à Charles-Quint.
L'Empereur est bien aise de pouvoir signer avec François Ier une trêve
de dix ans (trêve de Nice, 1538).
1542-1544
Quatrième guerre avec Charles-Quint. — En 1534, la ville
de Gand se révolte contre Charles-Quint qui, pour aller la châtier,
est obligé de traverser le territoire de la France. Il en obtient l'autorisation
de François Ier qui, d'autre part, donne de grandes fêtes en son
honneur, mais lui demande en échange le Milanais pour son fils.
Charles promet tout ce qu'on lui demande, tant qu'il est en territoire français,
mais une fois rentré dans ses États, refuse de tenir ses promesses.
Du reste, il essuie un grave revers en s'attaquant aux pirates barbaresques.
Un envoyé du roi de France au sultan est assassiné à point
pour justifier la reprise de la guerre. François Ier prend l'offensive,
sur toutes nos frontières à la fois, pendant qu'une flotte turque
vient aider la nôtre à bombarder Nice (1544). En Italie, l'armée
française du comte d'Enghien couronne une série de succès
partiels, par la victoire de Cérisoles. Mais Charles-Quint a proclamé une
sorte de croisade contre François Ier" coupable de faire la guerre
avec l'appui des mahométans à un prince chrétien, et Henri
VIII, bien qu'il ait rompu avec le pape et qu'il soit un chrétien des
plus tièdes, se découvre des convictions qui l'entraînent
dans le parti de l'Empereur. Pendant que ce dernier envahit la Picardie et la
Champagne où il s'avance jusqu'à Château-Thierry, le roi
d'Angleterre fait une descente sur nos côtes du Pas-de-Calais ; il s'empare
de Boulogne, mais se borne ensuite à guerroyer dans le pays. Cependant
les Impériaux ont été arrêtés en Champagne
par une partie des troupes rappelées d'Italie, et aussi par l'éclosion
de troubles sus-cités en Allemagne par les protestants, troubles que
Charles-Quint juge assez menaçants pour lui faire abandonner la partie
en France. En effet, il consent à signer avec François Ier le
traité de Crespy qui termine (sept. 1544) cette quatrième guerre
dont la France ne recueille aucun avantage. Quant à Henri VIII, il continue à occuper
le Boulonnais sans faire de grands efforts pour élargir sa conquête
momentanée : cette situation prend fin en 1546 par le Traité d'Ardres. |
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