1470
Louis XI convoque à Tours, l'Assemblée des Notables, par laquelle
il fait annuler le traité de Péronne. Se prévalant de cette
décision (qui est beaucoup son ouvrage), il fait saisir les villes de
la Somme : Saint-Quentin, Roye, Montdidier, Amiens, qu'il avait rachetées
au duc de Bourgogne et que celui-ci lui avait reprises.
Formation d'une nouvelle ligue à l'instigation du nouveau duc de Guyenne,
qui a encore pour alliés Charles le Téméraire et Édouard
IV d'Angleterre. De même qu'il la déjà fait, Louis XI n'oppose
d'abord à ses ennemis que des ruses dilatoires par lesquelles il espère
les diviser.
1472
Mort du duc de Guyenne, frère de Louis XI. Cette mort survient trop
opportunément pour qu'on ne soupçonne pas Louis XI d'en être
l'instigateur : cela ne l'empêche pas de saisir la Guyenne. Charles le
Téméraire, en proie à la fureur, accuse Louis d'empoisonnement,
et jette des troupes contre les villes de Picardie que le roi vient de lui
reprendre. Nesle et Roye sont saccagées ; mais les Bourguignons échouent
devant Beauvais, grâce surtout à l'héroïsme d'une
jeune fille : Jeanne Lainé, dite Jeanne Hachette. Pour se dédommager
de cet échec, Charles ravage la Normandie, espérant que, par
la possession de cette province, il pourra faire sa jonction avec le duc de
Bretagne. Mais entre temps, Louis XI, tant par force que par ruse, a imposé à ce
dernier une trêve ; Charles réduit à ses propres moyens,
se voit lui-même contraint d'en signer une, à Senlis.
1472-1475
La trêve de Senlis n'empêche pas Louis XI de reprendre
les villes de la Somme que Charles lui a récemment enlevées et
de débarrasser peu à peu la région des forces bourguignonnes
qui pouvaient s'y trouver encore, tandis que le duc de Lorraine bataille en
Lorraine, en Allemagne, avec l'espoir d'arrondir et de souder les unes aux autres
ses possessions dont il rêve de former un royaume. Sur la demande du duc, Édouard
d'Angleterre lui amène des troupes en France, mais les finasseries de
Louis XI, une fois de plus, font avorter le projet des deux alliés. Charles,
d'ailleurs, ne peut rejoindre Édouard dans les délais prévus
pour le déclenchement de leur action commune ; Louis obtient d'Édouard
la signature d'un traité de paix, à Pecquigny
(1475). Lorsque le duc de Bourgogne arrive enfin, il se trouve seul pour engager
la lutte, et à son tour signe un traité avec Louis XI, ce qui
d'ailleurs lui permettra de se retourner vers les Suisses et vers la Lorraine,
qu'il cherche à asservir, et contre lesquels il fera deux expéditions
malheureuses, dans la dernière desquelles il trouvera la mort (1477).
1474
Incorporation du Roussillon au domaine royal. — Le roi d'Aragon avait
engagé le Roussillon au roi de France pour 200 000 écus. Cette
somme n'ayant pas été remboursée, Louis XI fit saisir Perpignan
et occuper la province qui depuis lors est restée française.
1475-1477
Débarrassé de son plus redoutable ennemi, Louis XI se
donne tout entier à la lutte contre la féodalité. Prenant
acte de l'hostilité que lui ont témoignée la plupart de
ses grands chefs et des perfidies dont, il faut bien le dire, ils s'étaient
rendus coupables envers lui, Louis XI fait agir contre eux, selon le cas, son
Parlement ou ses troupes, et leur fait expier les actes qu'il leur reproche.
Ainsi périssent le duc d'Alençon et son fils, le comte d'Armagnac,
le comte de Saint-Pol, le duc de Nemours. Leurs domaines, confisqués,
sont incorporés au domaine royal. La féodalité est ainsi
décapitée, et l'unité territoriale de la France presque
réalisée.
1477-1482
A la mort de Charles le Téméraire qui ne laisse qu'une
fille, Marie, Louis XI essaye de mettre la main sur les possessions du duc.
Pour y parvenir, il affiche le projet de marier Marie, qui a vingt ans, avec
le dauphin, son fils, qui en a huit: d'ailleurs il fait envahir les États
de Bourgogne par ses troupes, dont les exactions mécontentent les populations.
Pour se débarrasser de ses prétentions, Marie donne sa main à l'archiduc
Maximilien d'Autriche. Celui-ci prend les armes pour recouvrer l'héritage
de sa femme. En 1479, il gagne sur les Français la bataille de Guinegate;
l'Artois se révolte contre Louis XI, mais ce mouvement est vite réprimé.
Une révolte des Flamands arrive à point pour empêcher Maximilien
de pousser les hostilités contre le roi de France ; l'archiduc est amené à signer
le traité d'Arras qui donne à la France l'Artois, les villes
de la Somme et le duché de Bourgogne. Les Pays-Bas restent à la
maison d'Autriche et sont attribués au fils de Maximilien et de Marie
(qui entre temps est morte prématurément) Philippe le Beau (lequel
sera le père de Charles-Quint).
1481
Entre temps, Louis XI a hérité des possessions du duc d'Anjou
qui lui a volontairement légué l'Anjou, le Maine, la Provence.
Louis XI règne maintenant sur un vaste royaume d'un seul tenant. La Lorraine
ainsi que les droits sur le royaume de Naples restent à René de
Vaudemont, petit-fils du duc d'Anjou.
1483
Mort de Louis XI. — L'histoire a gardé le sou-venir de ses fourberies
et on peut dire aussi de ses crimes ; mais elle lui tient compte de son patriotisme
inlassable. Si ce roi montra peu de scrupules dans la poursuite de ses desseins,
peu d'honnêteté dans sa manière de gouverner, on doit reconnaître
que tous ses actes eurent pour but la consolidation du pouvoir royal et l'extension
du domaine de la couronne, c'est-à-dire la grandeur de la France. Peu
estimable comme homme, il n'en fut pas moins un grand roi par ses conceptions
politiques et les conséquences de leur réalisation.
Louis XI créa les parlements de Bordeaux et de Dijon. Il encouragea le
commerce et facilita l'accès de la France aux négociants étrangers
; il améliora les routes, établit les premières postes (qui, à vrai
dire, ne servirent d'abord qu'à la transmission de ses ordres) ; il favorisa
l'établissement de l'imprimerie à Paris et grâce à lui
se fondèrent, à Tours, les premières manufactures de soieries.
Sous le règne de Louis XI, vécut le poète François
Villon.
1484
Avènement de Charles VIII; âgé seulement de treize ans et
d'ailleurs débile et maladif, il est trop jeune pour régner. Selon
le voeu de Louis XI, la tutelle du jeune prince et la régence seront exercées
par sa soeur aînée Anne, mariée au sire de Beaujeu. Cette
princesse, douée d'une haute raison et de brillantes
qualités, tout entière à ses devoirs, a laissé un
grand renom dans l'Histoire.
Cependant, les seigneurs que Louis XI avait tenus en respect, jugent le moment
propice pour renverser l'oeuvre du feu roi, reconquérir leurs privilèges
perdus et imposer l'un d'eux comme régent: une ère de troubles
se prépare. Anne de Beaujeu réunit les États généraux
pour la première fois au grand complet (paysans compris). Elle fait régler
la question de la régence, de manière que Louis, duc d'Orléans,
dont on doit redouter la frivolité, en soit exclu, et elle se fait attribuer, à défaut
du titre, les pouvoirs de régente; enfin, elle obtient d'eux les subsides
nécessaires pour faire face à l'orage qui menace.
1485-1488
Le duc d'Orléans s'associe avec le duc de Bretagne et quelques seigneurs
mécontents, et prend les armes en 1485, puis en 1487 contre la régente,
mais ces tentatives, quoique vivement poussées, n'ont aucun résultat.
Anne de Beaujeu a confié le commandement de l'armée royale à La
Trémoille. Celui-ci conduit énergiquement la guerre. En 1488,
il bat les alliés, et fait le duc d'Orléans prisonnier à Saint-Aubin-du-Cormier.
Le duc de Bretagne François II est obligé de signer le traité de
Sablé. On a appelé cette guerre la guerre folle, à causa
de l'imprudence que montrèrent les seigneurs en s'attaquant au pouvoir
royal déjà assez fort pour résister à toute révolte.
1491
Mort du duc de Bretagne. — Il ne laisse qu'une fille, Anne, qui est promise à Maximilien
d'Autriche (veuf de Marie de Bourgogne). Mais celui-ci ne se presse pas de réaliser
ce mariage. Charles VIII se rend en Bretagne, dont sa soeur a fait saisir entre
temps les principales villes et se fait agréer pour époux par
Anne, d'où résulte l'incorporation au royaume du duché de
Bretagne.
1492
Découverte de l'Amérique par Christophe Colomb. — Henri
VII d'Angleterre a préparé une guerre contre la France; pour
l'éviter Charles VIII renouvelle à Étaples le traité par
lequel Louis XI payait un tribut aux Anglais.
1492-1493
Charles VIII se croyant appelé à une carrière
militaire glorieuse projette de revendiquer les droits de la maison d'Anjou
sur le royaume de Naples et, de là, de porter la guerre en Orient pour
briser la puissance des Turcs et rétablir, à son profit, le trône
de Jérusalem. Afin de se rendre les mains libres pour ces expéditions,
il rétrocède, par le traité de Narbonne, le Roussillon à Ferdinand
le Catholique et, par le traité de Senlis (1493), la Franche-Comté et
l'Artois à la maison d'Autriche. Il convient de dire d'ailleurs que
ces deux dernières provinces étaient réservées
par le traité d'Arras, pour servir de dot à la fille de Maximilien,
que Charles VIII devait épouser, et qui était élevée à la
cour de France, mais qu'il renvoya pour se marier avec Anne de Bretagne.
1494-1495
Malgré des débuts brillants, l'expédition de Charles
VIII échoue. Plusieurs princes italiens l'avaient encouragé à l'entreprendre,
espérant chacun profiter de ses succès. II entra en triomphateur à Rome
(31 décembre 1494), puis à Naples (22 février 1495). Mais
sa rapide fortune qui avait d'abord ébloui ses nouveaux amis, ne tarde
pas à les inquiéter. Ils redoutent de s'être donné un
maître, là où ils ne cherchaient qu'un appui ou un instrument
les uns contre les autres. A peine est-il entré à Naples qu'une
ligue se forme derrière lui entre le pape Alexandre VI, l'empereur d'Autriche,
la République de Venise, Ferdinand le Catholique (roi d'Espagne) et Ludovic
le More (qui entre temps a vu son ambition se réaliser en devenant duc
de Milan). A cette nouvelle, Char-les VIII reprend le chemin de la France avec
l'armée très peu nombreuse qu'il a amenée. Les confédérés
au nombre de 40 000 essaient de lui barrer le pas-sage. Mais le 8 juillet, bien
que n'ayant que 9 000 hommes (car il a laissé une partie de son monde à Naples),
Charles écrase à Fornoue les Vénitiens et les Milanais,
dans une grande bataille où se montrent tout particulièrement le
courage et la fougue des Français que les Italiens reconnaissent en lui
donnant le nom de furia francese. Au cours de cette campagne, d'ailleurs, s'est
imposée la supériorité de
l'artillerie française. Après sa victoire de Fornoue, qu'il ne
sut pas exploiter, Charles VIII rentre en France. Quant aux troupes laissées à la
garde du royaume de Naples, elles eurent à se défendre contre les
anciens maîtres du pays : après quelques succès dont le plus
connu est celui de Seminara, en 1503, elles durent capituler à Atella
et obtinrent leur retour en France.
1495-1498
Charles VIII emploie ces deux années, d'une part à réorganiser
le Parlement (fixation du Grand Conseil) et à poursuivre quelques réformes
intéressantes ; d'autre part, à préparer une nouvelle expédition
contre l'Italie. Mais en avril de cette dernière année, il meurt à Amboise,
des suites d'un accident (il s'était frappé le front en passant
sous une porte trop basse). Charles VIII ne laisse pas d'enfants. Son règne
a appauvri le Trésor, mais a imposé à l'étranger
le respect du nom français, et mieux, a vu s'affirmer l'existence d'une
nationalité française.
VALOIS-ORLÉANS
1498
Le duc d'Orléans, petit-neveu de Charles V, petit-fils du duc d'Orléans
assassiné par Jean sans Peur en 1407, fils du duc d'Orléans et
de Marie de Clèves, né en 1462, succède à Charles
VIII sous le nom de Louis XII. C'est lui qui avait été fait prisonnier à Saint-Aubin-du-Cormier.
Il avait épousé la fille de Louis XI, Jeanne de France, mais pour
conserver la Bretagne, il répudia cette princesse, pour épouser
en 1499 la veuve de Charles VIII, Anne de Bretagne, née en 1477. Il avait
combattu glorieusement en Italie pendant l'expédition de Charles VIII.
Il avait lui-même des droits sur le royaume de Naples en tant que successeur
de ce dernier, et sur le Milanais comme héritier de son aïeule Valentine
Visconti.
1499
La conquête du Milanais, dirigée pour le compte de Louis XII par
Trivulce, avec le concours de troupes vénitiennes et suisses, s'effectue
en vingt jours (oct.).
1500
La population milanaise, durement opprimée par Trivulce, se révolte
et il faut au condottiere de Louis XII une nouvelle campagne pour reconquérir
le pays. Le duc Ludovic le More, qui a profité du soulèvement
populaire pour reprendre son trône, est abandonné par ses mercenaires
suisses ; livré au général français La Trémoille,
il est envoyé prisonnier en France et enfermé au château
de Loches (où il mourra après dix ans de captivité). Les
Génois se placent volontairement sous la domination de Louis XII. |
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