1388
Charles VI décidé à gouverner seul renvoie ses oncles dont
l'action a été si funeste, et rappelle les anciens conseillers
de son père, gens de petite noblesse, et même de mince origine (et
que pour cette raison on appela les Marmousets), mais sages et prévoyants.
L'administration prudente et économe des Marmousets ramène quelque
prospérité dans le pays.
1389
Louis, duc d'Orléans, frère de Charles VI, épouse Valentine
Visconti, qui reçoit en dot des droits sur le Milanais (cause des futures
guerres d'Italie).
1392
Attentat à Paris de Pierre de Craon contre Olivier de Clisson, qui est
laissé pour mort, mais réchappe de ses blessures. Cette tentative
de meurtre a eu lieu à l'instigation du duc de Bretagne, ennemi mortel
du connétable. Charles VI exige la remise du meurtrier qui s'est réfugié à la
cour du duc, et que celui-ci refuse de livrer. Le roi de France, pour venger
son fidèle lieutenant auquel il doit la victoire de Rosebecque ainsi
que le rétablissement du prestige royal et qui est du reste un personnage
considérable, pré-pare une expédition contre le duc, et
entre en campagne. Le 5 août, comme l'armée, au sortir de la forêt
du Mans, débouchait en plaine par une chaleur torride, Charles VI, déjà troublé par
l'apparition sou-daine d'un individu qui, sous bois, lui avait crié d'arrêter
parce qu'il était trahi, devient subitement fou en entendant le bruit
d'armes qu'un soldat laissait par négligence s'entrechoquer. Il se jette
l'épée haute sur son entourage, tue quatre hommes de son escorte
et n'est maîtrisé qu'à grand-peine. Ses oncles reprennent
le pouvoir concurremment avec son frère Louis d'Orléans. Sa folie
cependant n'est pas absolue, et on le voit pendant trente-cinq ans que dure
encore son règne, s'occuper fréquemment des affaires de l'État.
1396
Jean sans Peur, fils du duc de Bourgogne, conduit une expédition de chevaliers
français à la défense de la Hongrie contre les Turcs ;
il est battu à Nicopolis par le sultan Bajazet Ier.
1404
Mort de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne. Son fils Jean sans Peur lui succède.
1407 La mésintelligence règne entre les régents du royaume
au nombre desquels se place la reine Isabeau de Bavière : elle est particulièrement
vive entre le duc d'Orléans et le duc de Bourgogne qui, pour se débarrasser
de son rival, le fait assassiner à Paris dans un guet-apens.
1407-1435
Armagnacs et Bourguignons. — Charles, fils de Louis d'Orléans
qui vient d'être assassiné, épouse la fille du comte d'Armagnac
et rallie autour de lui tous les partisans de sa maison, auxquels on donne le
nom d'Armagnacs; il entre en lutte armée avec les parti-sans du duc de
Bourgogne, appelés les Bourguignons. Cette querelle, qui partage la France
en deux camps, dégénère en une véritable guerre
civile ; les deux factions rivalisent d'atrocités.
Les Bourguignons dominent d'abord dans Paris, où ils s'appuient sur la
corporation des bouchers dirigés par Caboche et Capeluche, et surnommés
les Cabochiens. Ceux-ci poussent les excès si loin que la population
appelle les Armagnacs à son secours (1413), et l'on voit les fureurs
des Armagnacs succéder à celles des Bourguignons. La lutte continue
entre ces irréconciliables adversaires. Le parti Armagnac s'aliène
les sympathies du peuple en sollicitant le concours des Anglais. En 1414, Charles
VI marche contre le duc de Bourgogne qu'il va assiéger à Arras.
C'est au cours de ce siège qu'il est fait pour la première fois
usage des arquebuses que l'on appelait alors e canons à main s. Cette
expédition n'a pas de suites : Charles accorde la paix au duc.
1415
Les Anglais ont cherché à profiter du désordre où se
trouve la France pour débarquer des troupes à l'embouchure de la
Seine. Un grand nombre d'Armagnacs et de Bourguignons font trêve à leur
querelle pour marcher ensemble contre eux sous le commande-ment du connétable
d'Albret ; le duc de Bourgogne ne se joint pas à eux.
Les Français livrent bataille aux Anglais à Azincourt où la
chevalerie française subit un désastre sans précédent.
1418
Henri V d'Angleterre profite de sa victoire pour continuer la conquête
de la Normandie; Caen et Rouen se défendent héroïquement.
Jean sans Peur exploite cet événement en soulevant le peuple de
Paris contre les Armagnacs dont le chef, Jean d'Armagnac, vient d'être
fait connétable. Les Bourguignons entrent dans la ville avec l'aide des
Cabochiens, se saisissent de tous les Armagnacs qu'ils peuvent trouver et les
massacrent. Le dauphin Charles (fils aîné de Charles VI et d'Isabeau
de Bavière) n'échappe à la mort que grâce au dévouement
de Tanneguy Duchâtel, prévôt des marchands, qui l'emporte
couvert d'un manteau et réussit à le faire sortir de Paris. Le
dauphin prend le titre de régent et transfère à Poitiers
le siège du gouvernement et ce qui, du Parlement et de l'Université,
s'attache à sa fortune.
1419
Les amis du dauphin, feignant de désirer une réconciliation avec
le duc de Bourgogne Jean sans Peur, attirent ce dernier à Montereau, où il
est assassiné par Tanneguy Duchâtel.
1420
Traité de Troyes, négocié par Isabeau de Bavière
et Philippe le Bon, duc de Bourgogne (fils de Jean sans Peur) avec les Anglais,
et qu'on fait signer à Charles VI malgré sa débilité mentale.
Par ce traité, le dauphin est déshérité au profit
de Henri V, roi d'Angleterre qui est déclaré régent, et
héritier de la couronne de France, à la condition d'épouser
Catherine, fille de Charles VI.
Henri V fait son entrée à Paris et se fait remettre le Louvre,
la Bastille, Vincennes, Sens, Montereau et Melun, que ses troupes occupent.
1421
Le dauphin n'a pas cessé de guerroyer contre les Anglais. Sept mille Écossais
sont venus se mettre à sa solde, mais en général le sort
des armes ne lui est pas favorable.
1422
Mort de Charles VI et de Henri V d'Angle-terre; Henri VI, qu'Henri V a eu de
la fille de Char-les VI, âgé seulement de dix mois, est proclamé à Paris
roi de France et d'Angleterre, tandis que le dauphin Charles se proclame roi
de France à Mehun-sur-Yèvre (en Berry), sous le nom de Charles
VII.
La règne de Charles VI a été désastreux pour la France.
Pendant que le pays était livré aux horreurs de la guerre civile,
ceux qui prétendaient le gouverner au nom du roi fou l'exploitaient indignement,
et finalement en vendaient aux Anglais la plus grande partie. La reine Isabeau,
qui a marqué ce long règne de ses débauches et de ses exactions,
survit à son complice Henri V d'Angleterre jusqu'en 1435. Charles VI passa
presque toutes les années de sa folie dans une sorte d'internement, livré aux
soins d'une compagne, Odette de Champdivers, qui inventa pour le distraire, dit-on,
les cartes à jouer. Lors de la mort de Charles VI, les Armagnacs et les
Bourguignons étaient encore en
guerre : les premiers représentaient le parti du dauphin, les Bourguignons étaient
inféodés aux Anglais.
— Avènement de Charles VII (né en 1403). — A ce moment,
il ne possède que la Touraine, l'Orléanais, le Berry, l'Auvergne
et le Dauphiné : il a fixé sa capitale à Bourges, aussi
les Anglais l'appellent-ils par dérision le roi de Bourges. Tout le reste
du royaume, tel qu'il était à l'avènement de Charles VI,
est entre les mains des Anglais qui, tout au moins, en occupent les points les
plus importants, et gouverné par leur duc de Bedford ; celui-ci, allié avec
le duc de Bourgogne, continue la conquête de la France.
Charles VII est entouré de capitaines braves et dé-voués,
tels que La Hire, Xaintrailles, le connétable de Richemond, mais il manque
de ressources pour soutenir efficacement la lutte. D'ailleurs, bien qu'il ait
donné à l'occasion des preuves de bravoure, il est indolent et
prodigue et sacrifie tout au plaisir.
1423-1429
Au cours de la lutte contre les Anglais, les Français et les Écossais
qui combattent avec eux sont battus dans toutes les rencontres : à Crevant
(1423), à Verneuil (1424), à Rouvray (1429) où ils ont la
satisfaction platonique de détruire un convoi de harengs destiné au
ravitaillement des Anglais, ce qui a fait donner à cette affaire le nom
de Journée des Harengs. Aussi les Anglais ont-ils pu descendre jusqu'à Orléans,
qu'ils assiègent et autour de laquelle ils ont élevé des
bastilles (forteresses en bois ou matériaux légers pour abriter
les assiégeants).
1429-1431
Mission et actes de Jeanne d'Arc. — C'est la fille de pauvres
gens de Domrémy (village de Lorraine), elle est née en 1412. Vers
l'âge de treize ans, elle a commencé à avoir des visions
au cours des-quelles, dit-elle, l'archange saint Michel et des saintes lui ont
apparu, et lui ont ordonné de délivrer la France des Anglais.
Elle se défend pendant cinq ans, que durent ces manifestations de l'au-delà,
d'accepter cette mission pour laquelle elle ne se voit pas faite. Cependant,
dans sa province reculée, les gens souffrent cruellement de l'état
de guerre permanent ; le bruit des défaites des compagnons du roi de
France est parvenu jusqu'à eux ; ils n'ignorent pas qu'Orléans
qui est le dernier rempart de la monarchie est dans une position précaire.
Ces dernières nouvelles emportent le consentement de Jeanne. Elle va
raconter ses visions au capitaine du pays pour le roi, le sire de Baudricourt,
et le somme de la faire conduire auprès de Charles VII ; Baudricourt
commence par la rebuter, et enfin ébranlé par la conviction de
la jeune « pastoure », il consent à son départ, lui
facilite l'achat d'un cheval et de vêtements masculins, lui donne une épée
et une escorte de six hommes d'armes. Après un voyage de vingt jours,
Jeanne arrive à Chinon où se tient la Cour. Charles VII ne la
laisse que trois jours plus tard pénétrer auprès de lui,
encore s'est-il mêlé à la foule des courtisans pour voir
si elle le reconnaîtra, mais elle va à lui sans hésitation.
Le roi des cieux, lui dit-elle, vous mande par moi, gentil dauphin, que vous
serez sacré et couronné à Reims. s Après divers
incidents, le roi, gagné lui aussi, ainsi que son entourage, par l'assurance
de celle qui se dit envoyée de Dieu, consent à lui confier quelques
troupes avec les-quelles elle part pour faire lever le siège d'Orléans.
Jeanne d'Arc réussit à pénétrer le 20 avril dans
Orléans où les assiégés, confiants dans sa mission
et subjugués par son ascendant, se rangent sous ses ordres : en quelques
jours, elle rétablit la discipline, réorganise la défense
et dirige de sa personne plusieurs coups de main hors des murs, au cours desquels
différentes bastilles sont enlevées aux Anglais. Le 7 mai, malgré l'avis
des capitaines, elle ordonne une grande sortie qui donne lieu à un violent
combat où elle est blessée, mais les Français, après
avoir été sur le point de lâcher pied, sur ses exhortations
reprennent vigoureusement l'offensive et remportent la victoire. Le lendemain,
les Anglais épouvantés lèvent le siège. C'est cet événement
que la ville d'Orléans en particulier, et la France en général,
commémorent par de grandes fêtes le 8 mai.
Les Français, électrisés par ce succès magnifique,
sui-vent dès lors aveuglément Jeanne d'Arc. Sous ses ordres, ils
pourchassent les Anglais en retraite, leur reprennent Jargeau, Beaugency et
Meung. Enfin, le 18 juin, elle remporte à Patay une nouvelle grande
victoire qui lui ouvre la route de Reims ; Troyes et Châlons lui font
leur soumission. Le gouverneur bourguignon de Reims est contraint par l'enthousiasme
populaire d'ouvrir les portes de la ville à Jeanne et à Charles
VII.
Le 17 juillet, en présence de Jeanne d'Arc, des capitaines et de l'armée,
a lieu dans la cathédrale le sacre solennel de Charles VII par l'archevêque
Regnault de Chartres, que le retour des Français a remis en possession
de son siège.
Jeanne est décidée à poursuivre sans autre répit
les Anglais, mais les chefs de l'armée, jaloux sans doute de l'ascendant
qu'elle pourrait prendre sur le roi, ne la secondent que mollement. Cependant
elle vient attaquer Paris (fin août 1429), et bien qu'elle manque des
moyens nécessaires pour une aussi grosse entreprise, elle tente de forcer
l'entrée de la ville par la porte Saint-Honoré. La ville est sur
le point d'être prise, lorsque Jeanne est blessée : ses troupes
l'entraînent en arrière, et les Anglais restent maîtres de
la place. Jeanne continue de tenir la campagne, mais le mauvais vouloir des
chefs des troupes paralyse ses efforts et elle ne remporte plus que des succès
sans conséquence. En 1430, le duc de Bourgogne étant venu mettre
le siège devant Compiègne qui tenait pour le roi de France, les
habitants demandent le secours de Jeanne ; tout ce que l'héroïne
peut obtenir de Charles VII est un renfort de 70 hommes, avec lequel elle essaye
de bousculer dans une sortie les assiégeants (24 mai).
La sortie est malheureuse; d'ailleurs les Français n'étaient pas
en force ; en rentrant en désordre et précipitamment dans la ville,
ils abandonnent Jeanne qui vient d'être blessée, et tombe aux mains
des Bourguignons, dont le chef, Jean de Luxembourg, la vend aux Anglais (novembre
1430).
Conduite à Rouen où elle est emprisonnée, Jeanne expie
par toute sorte de mauvais traitements ses victoires sur les Anglais : ceux-ci
l'accusent de sorcellerie pour se débarrasser plus facilement d'elle
en se réservant les apparences du bon droit. Un tribunal est formé soi-disant
pour la juger, mais qui a en réalité pour mission de la condamner.
En effet, après diverses péripéties où se révélèrent
manifestement la duplicité et la rancune des Anglais, Jeanne est condamnée à être
brûlée vive et subit héroïquement le dernier supplice
le 30 mai 1431. L'histoire a gardé le nom, à jamais souillé,
du personnage qui, pour complaire aux Anglais, dirigea ce procès inique
de manière à le faire aboutir à la condamnation de Jeanne
d'Arc : c'était Cauchon, évêque de Beauvais.
1431
Naissance de François Villon.
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