Histoire départements, département de France Départements, département. Aspects historiques
Une rubrique pour partir à la découverte de l'histoire des départements français. Un voyage dans le temps retraçant les événements qui ont forgé l'histoire de chaque département, dévoilant leur origine, leur évolution, leurs industries, les personnages historiques emblématiques.
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Histoire du département
des Hautes-Alpes (Partie 1/2)
(Région Provence-Alpes-Côte d'Azur)

Le territoire du département des Hautes-Alpes dut, dans l'origine, être occupé par des émigrations successives des peuplades qui occupaient les contrées voisines, et qu'une surabondance de population et les chances contraires de la guerre chassaient de leur pays natal. Quoi qu'il en soit, avant la conquête romaine, on y comptait quatre peuplades : les Segusiani, dans le pays de Suse ; les Caturiges, au sommet des Alpes ; les Brigantini, dans le territoire appelé depuis le Briançonnais, et les Tricorii, au nord-est des Caturiges.

Presque tous alliés ou dépendants des Voconces, ces peuples avaient chacun leur cité : les Segusiani, Segusio (Suse) ; les Caturiges, Caturigae (Chorges) ; les Brigantini, Brigantium (Briançon) ; les Tricorii, Vapincum (Gap) ; mais les plus puissants et les plus célèbres étaient les Caturiges, dont le nom signifie, suivant les uns, montagnards, selon d'autres, bons guerriers. Pline les fait descendre des Caturigenses, ancien peuple d'Italie qui habitait la partie du Milanais située au pied des Alpes Ayant été chassés de leur pays, ils se retirèrent dans la contrée connue aujourd'hui sous le nom de l'Embrunais et du Gapençais.

C'est par là qu'Annibal passa quand il se rendit en Italie. Après avoir traversé la Durance au-dessus, croit-on, de l'Ubaye, il gravit avec son armée la cime des Alpes. « Lorsque l'oeil put voir de près la hauteur des monts, dit Tite-Live, les neiges qui semblaient se confondre avec les cieux, les huttes grossières suspendues aux pointes des rochers, les chevaux, le bétail paralysés par le froid, les hommes sauvages et hideux, les êtres vivants et la nature inanimée presque engourdie par la glace, cette scène d'horreur, plus affreuse encore à contempler qu'à décrire, renouvela la terreur des Carthaginois. »

Annibal eut à combattre les Caturiges ; ce qui ne les empêcha point, dans la suite' de le servir contre les Romains. Après avoir pris part aux guerres puniques, ils s'unirent aux Allobroges et suivirent leur fortune dans la guerre de l'indépendance ; mais, quand les Allobroges embrassèrent le parti de Sertorius, les montagnards des Alpes s'abstinrent, et douze de leurs cités furent déclarées villes municipes. Cependant ils s'opposèrent au passage de César lorsque ce conquérant traversa le mont Genèvre pour aller réduire les Helvètes.

Du temps d'Auguste, ces peuples obéissaient à un prince nommé Cottius, et Suse était leur capitale. Il y avait dans cette ville un arc de triomphe sur lequel on voyait inscrits les noms des quatorze peuples dont Cottius s'était fait un petit royaume. Il est le premier qui ait cherché à tracer un chemin régulier, la route du Mont-Genèvre, à travers les Alpes ; la postérité s'en est montrée reconnaissante en donnant à cette partie des Alpes le nom d'Alpes Cottiennes.

Ce prince fit alliance avec Auguste, qui lui laissa ses possessions ; mais, après sa mort et celle de son fils, elles passèrent à l'empire. Jusqu'au règne de Constantin, les villes municipes cottiennes jouirent de certaines franchises. Constantin les soumit au tribut comme le reste de la Gaule. Taxés et ruinés par l'avarice des préteurs, outre le capage ou droit de vivre et la scriptura ou droit de parquerage, les habitants payaient aux Romains la vingtième partie des legs et successions, le vingt-cinquième du prix des esclaves et le centième de toutes les marchandises vendues. Avec la liberté, ils perdirent le sentiment national. Vainement Vindex et Civilis les appelèrent aux armes pour la délivrance commune : leur voix fut sans écho dans ce pays.

Quand les barbares se ruèrent sur l'empire, c'est par là qu'ils se dirigèrent vers Rome. Sarmates, Alains, Huns, Gépides, Hérules, Saxons, Vandales y laissèrent tour à tour des traces de leur passage ; mais les Bourguignons et les Wisigoths s'y fixèrent. Puis vinrent les Francs et les Lombards. Battus par le patrice Mummol, ceux-ci se retirèrent, laissant les Francs seuls maîtres du pays.

Déjà saint Marcellin y avait prêché l'Évangile, mais son esprit ne demeura pas longtemps avec ses successeurs. Au VIe siècle, les évêques des Hautes-Alpes avaient pris les moeurs barbares ; deux, entre autres, Solonius et Sagittarius, son frère : le premier gouvernail l'Église d'Embrun, le second celle de Gap, tous deux chargés de crimes, maudits du peuple, exacteurs, tyrans, meurtriers et adultères. Un jour, ils attaquèrent à main armée Victor, évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux. Au milieu d'une fête, ils envahirent sa maison et frappèrent ses serviteurs. Après le meurtre, le pillage. Déposés par un synode assemblé à Lyon, ils en appelèrent au pape, qui les rétablit.

Alors, se croyant tout permis, ils s'abandonnèrent à toute la fureur de leurs passions. Il fallut les emprisonner ; mais la peur les fit relâcher. Il n'était pas prudent, croyait-on, de toucher aux oints du Seigneur. A peine sortis de prison, de pécheurs ils se métamorphosèrent en dévots. Repentants et contrits, on les voyait sans cesse jeûner et prier ; mais cela ne dura pas, et ils retournèrent, comme dit l'Apôtres à leurs vomissements. Ils pissaient la nuit dans les orgies. Pendant que les clercs chantaient matines dans l'église, ils faisaient des libations et sacrifiaient aux plaisirs.

Le jour les trouvait encore à boire. Alors, se couvrant de vêtements moelleux, ils s'endormaient, plongés dans l'ivresse, et ne se levaient que pour se remettre à table. Telle était la vie que menaient ces deux évêques. Déposés de nouveau par un concile de Chalon-sur-Saône, en 579, ils furent enfermés ; mais ils parvinrent à s'échapper. Solonius finit obscurément ses jours. Pour Sagittarius, comme il s'enfuyait, caché sous un froc de moine, il fut pris et mis à mort.

Au commencement du Xe siècle, les Sarrasins parurent dans les vallées des Alpes, pillant les abbayes et dévastant les églises. Nombre de chrétiens qui s'étaient réfugiés près d'Oulx y furent massacrés par les infidèles ; ce qui valut à ce lieu le nom de plebs martyrum, peuple de martyrs. Après un long séjour dans ce pays, les Sarrasins en furent chassés. Montmaur, le torrent du Sarrasin, la montagne de Puy-de-Maure, la tour de Moron, Villars-Mourin et plusieurs autres lieux du Champsaur, où ils étaient connus sous le nom de Barbarins, ont conservé des restes de leur passages. Tel est le souvenir qu'ils ont laissé, que les mères menacent du retour des Barbarins leurs enfants qui ne sont pas sages.

Au siècle suivant, nous voyons ce pays en proie à l'anarchie féodale. Comme dans le reste du Dauphiné, le second royaume de Bourgogne y laisse debout, en tombant, une foule de petits souverains ecclésiastiques ou laïques. Déjà riches des dépouilles des Sarrasins, ils se disputent à main armée l'héritage de Boson. Vainement l'empereur Conrad essaye de les ramener à l'obéissance ; il est obligé de légitimer leurs usurpations. Alors le pays des Hautes-Alpes se trouva divisé en trois petits États indépendants : le Briançonnais, l'Embrunais et le Gapençais, ayant chacun ses souverains et sa capitale.

Situé dans les Alpes Cottiennes, le Briançonnais, après avoir fait longtemps partie du marquisat de Suse, obéissait aux comtes d'Albon. Il avait pour chef-lieu l'antique cité des Brigantini, Briançon. Au midi du Briançonnais, dans le pays des Caturiges, était l'Embrunais, qui, successivement possédé par les Romains, les Francs et les Bourguignons, reconnut pour maîtres, d'abord les comtes de Forcalquier, puis les archevêques d'Embrun, à qui l'empereur Conrad le céda en 1020 ; sa ville principale était Embrun, A l'occident de l'Embrunais s'étendait le pays de Gap, soumis tour à tour aux comtes de Provence, aux comtes de Toulouse et aux comtes de Forcalquier.

Dans la suite, ces divers pays pissèrent aux dauphins de Viennois. Cependant, libres du joug de la conquête et rendus à leur première énergie, Ies montagnards des Alpes avaient jusque-là vécu dans une sorte d'indépendance. lis conservèrent, sous les dauphins, leurs lois et leurs libertés particulières ; ils ne reconnaissaient l'autorité de leurs princes qu'à la condition qu'ils seraient maintenus dans leurs anciens droits et privilèges, sans qu'il y fût rien changé. Humbert II leur conféra la qualité de francs (libres) et les exempta des contributions et des servitudes féodales. Il octroya, en outre, aux communes du Briançonnais, le droit de s'assembler pour leurs affaires générales et particulières.

Dans ces conseils, on s'occupait de la répartition des impôts ; on y traitait de la paix et de la guerre, et l'on y veillait aux subsistances. A la réquisition du bailli, tous les habitants devaient prendre les armes pour le dauphin. Hors du pays, ils n'étaient tenus que de 500 hommes, moitié armés d'ares et de flèches, moitié de lances avec pennons ; tous équipés de pourpoints, d'épées, etc. Le prince payait la solde, qui était d'un gros tournois par jour. Les villes de Gap et d'Embrun devaient chacune 100 fantassins ; Chorges levait 50 cavaliers ; Savines n'était obligée qu'à 5 hommes d'armes, 3 chevaux et 2 roussins. Tel était, en temps de guerre, le contingent de la plupart des communes des Hautes-Alpes au Moyen Age.

Sous le règne paternel de Humbert II, le Briançonnais jouit d'une paix profonde. Ce prince fonda en 1340, sur le mont Genèvre, dans la combe de Malaval, des maisons hospitalières, et des greniers d'abondance dans plusieurs communes. Chaque vallée avait des archives centrales ; les comptes annuels des deniers communaux s'affichaient à la porte de l'église et se discutaient par les habitants au sortir de la messe. Il y avait des lois sévères contre l'usure. Heureux pays, si les guerres de religion n'étaient pas venues l'agiter et le diviser.

:: Histoire des Hautes-Alpes - Partie 2/2


 

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