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Histoire du département du Gers (Partie 2/2)
(Région Midi-Pyrénées)

Il laissait deux fils, Jean IV, qui lui succéda, et Bernard, qui fut comte de Pardiac. Jean IV acheta au duc de Bourbon le comté de L'Isle en Jourdain. Ainsi, rien n'arrêtait le progrès de cette maison, dont l'orgueil et le mépris de toutes les lois humaines ne connaissaient pas de bornes. Le plus monstrueux des comtes d'Armagnac fut Jean V, fils de Jean IV. Il s'éprit d'un incestueux amour pour sa soeur Isabelle, la plus belle femme, au reste, de ce siècle, s'en fit aimer, vécut maritalement avec elle et l'épousa même solennellement ; son chapelain fut obligé de bénir cette coupable et trop féconde union sous peine d'être jeté dans la rivière. Quiconque faisait des remontrances, Jean le menaçait de sa dague. Il avait mis sa conscience en repos en faisant fabriquer une dispense, à l'insu du pape, par Ambroise de Cambrai, alors référendaire de la cour de Rome. C'est ce qu'il avoua lui-même plus tard dans le procès qui s'ensuivit.

Traduit, en effet, devant le parlement, sous Charles VII, pour inceste, pour meurtre et pour faux, il fut condamné, mais se déroba au châtiment par la fuite. Louis XI eut le tort de le réintégrer dans ses domaines, alors que, succédant à son père, il se mit follement à contrecarrer tous ses actes. Comme il eut dû s'y attendre, il fut payé d'ingratitude et trouva sans cesse Jean V parmi ses ennemis. Dès 1464, Jean V était dans la ligue du Bien public et marchait sur Paris avec six mille hommes de cavalerie. Désabusé sur son compte, Louis XI, en 1469, feignit de croire qu'un émissaire de l'Angleterre s'était rendu à Lectoure, accusa Jean de haute trahison et envoya contre lui Chabannes avec une armée.

En un mois, Jean V perdit toutes ses places. Il s'enfuit en Espagne, mais pour reparaître en 1471 et se faire nommer lieutenant général par le duc de Guyenne, frère rebelle du roi de France. Cette fois, Louis Xl voulut en finir avec le comte d'Armagnac, et c'est alors qu'il le fit assiéger et mettre à mort dans Lectoure par le cardinal d'Albi (1473). Grâce aux précautions de Louis XI, Jean ne laissa pas d'enfants de sa femme légitime, Jeanne de Foix. Son frère, Charles Ier, prit le titre de comte d'Armagnac ; il fut fait prisonnier par les troupes du roi et envoyé à Paris. Après une longue captivité, il obtint pourtant, à des conditions humiliantes, son rétablissement dans ses États ; mais il mourut en 1497, sans enfants. En lui s'éteignait la lignée mâle de la branche aînée d'Armagnac.

Une branche cadette était issue de ce Bernard, second fils de Bernard VII et comte de Pardiac. Elle avait pris le nom d'Armagnac-Nemours depuis le mariage de ce même Bernard avec Éléonore de Bourbon, comtesse de la Marche et duchesse de Nemours, fille de Jacques de Bourbon, roi de Sicile. Jacques d'Armagnac, leur fils, se montra encore plus perfide que son cousin à l'égard de Louis XI, et ce fut sa ruine. Comblé de bienfaits par le roi, élevé même au rang de connétable, il le trahit sans cesse jusqu'à ce que Louis XI, qui ne pardonnait guère, trouva la mesure comble.

Alors ce terrible monarque le fit assiéger et prendre dans son château de Carlat, puis enfermer à Lyon dans le château de Pierre-Scise, en une si dure prison que les cheveux du prisonnier y blanchirent en quelques jours. De là, il le fit transporter, chargé de chaînes, à la Bastille et mettre dans une cage de fer, d'où on ne le tirait que pour lui arracher par la torture l'aveu de ses trahisons et le nom de ses complices. Enfin, il le fit décapiter aux halles ; mais l'histoire des enfants placés sous l'échafaud de leur père pour être arrosés de son sang n'est rien moins qu'authentique.

La maison d'Armagnac s'était éteinte dans les catastrophes. Le comté de ce nom, confisqué après la mort de Jean V, avait été réuni à la couronne par lettres patentes de 1481. La restitution faite à Charles Ier avait été à peu près illusoire, et, d'ailleurs, il était mort sans enfants. Mais une famille comme celle-ci, liée à tant d'autres par des mariages, ne pouvait manquer absolument d'héritiers, au moins par substitution. Il y avait, en effet, des héritiers. Ils n'avaient point osé réclamer lorsque Louis Xl mettait sa griffe sur l'Armagnac et poursuivait l'extermination de tous les membres de cette famille. Plus tard, quand l'horreur des Armagnacs se fut effacée, Charles, duc d'Alençon, petit-fils de Marie d'Armagnac, soeur de Jean V, prétendit que la confiscation ne pouvait avoir lieu au préjudice des anciennes substitutions de la maison d'Armagnac, auxquelles il était appelé ; en outre, Charles Ier avait fait un testament en sa faveur. Pour terminer ce différend, François ler maria sa soeur, Marguerite de Valois, au duc d'Alençon, et, en considération de ce mariage, lui rendit, ainsi qu'à leurs descendants, le comté d'Armagnac, mais à la condition que ce comté reviendrait au domaine à défaut d'héritiers.

Le duc d'Alençon mourut, en effet, sans enfants ; mais la clause de réversion ne fut point exécutée, parce que Marguerite vivait encore. Cette princesse épousant en secondes noces Henri d'Albret, roi de Navarre, lui porta le comté d'Armagnac aux mêmes conditions que précédemment. Jeanne d'Albret, leur fille et unique enfant, le porta à son tour à Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, dont le fils Henri, devenu roi de France sous le nom de Henri IV, réunit pour toujours l'Armagnac au domaine royal. Pourtant, en 1645, Louis XIV donna une partie de ce pays au fils du duc d'Elbeuf, de la maison de Lorraine, d'où la branche de Lorraine-Armagnac, représentée encore au XVIIe siècle par les princes de Lambesc et d'Elbeuf.

« L'Armagac était alors, dit l'abbé de Laporte, une des plus grandes seigneuries du royaume... On divise l'Armagnac, ajoute-t-il, en haut et bas. Le haut, très resserré, comprend la partie méridionale, où se trouve le pays des quatre vallées, qui sont : Aure, Neste, Barrousse et Magnoac. Le bas, beaucoup plus étendu, renferme le comté d'Astarac, le Brullois, l'Eauzan, les comtés de Fezensac et de Fezensaquet, le comté de Gavre, le pays de Ver dun, la Lomagne, le pays de Rivière, etc. » La plupart de ces anciens pays sont aujourd'hui compris dans le département du Gers.

Nous dirons un mot ici du comté d'Astarac, dont la capitale était Mirande. Ce fief eut, dès le Xe siècle, ses comtes particuliers, qui descendaient des ducs de Gascogne. Leur branche subsista jusqu'en 1504, époque à laquelle Marthe, fille du dernier comte, épousa Gaston de Foix-Grailly, qui portait le titre de comte de Condale, en vertu d'une prétention que sa maison avait sur une comté pairie d'Angleterre.

Au commencement du XVIIe siècle, l'héritière de l'Astarac et de quelques autres domaines acquis par les comtes porta le tout par mariage à Jean-Louis de Nogaret, duc d'Épernon. En 1661, les biens du dernier duc de Candale-Nogaret ayant été vendus par décret, le duc de Roquelaure les acheta et les transmit à ses héritières les princesses de Léon, de Rohan-Chabot et de Pons-Lorraine.

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