|
|
|
|
|
|||||||
Histoire du département du Cher (Partie 2/4)
(Région Centre)
Louis le Bègue ayant succédé à son père, Charles le Chauve, au trône de France, Boson crut le moment favorable pour se déclarer indépendant ; mais il fut renversé, en 878, par Bernard Ier marquis de Septimanie. Celui-ci, parent de cet Egrried tué par Gérard en 867, réclama son héritage ; il fut appuyé par le comte du Maine et Gozlin, évêque de Paris, son oncle, et parvint à s'emparer du comté de Bourges. Mais bientôt il en chassa l'évêque Frotaire, s'empara des biens de l'Église et exigea des habitants un serment de fidélité contraire à celui qu'il devait lui-même au roi ; aussi fut-il excommunié par le concile de Troyes et attaqué, en 879, par une armée que Louis le Bègue avait donnée à Boson, son oncle, rentré en grâce auprès de lui. Boson, maître de Bourges, le fut bientôt de tout le pays. Dans la suite, il fit la paix avec Bernard et lui donna un fief. A sa mort, arrivée en 886, il eut pour successeur Guillaume Ier le pieux qui était déjà comte d'Auvergne. Guillaume II, qui succéda à ce dernier, fut souvent en guerre avec la roi Raoul ; ce dernier lui enleva même son comté et le lui rendit en 927, après l'avoir forcé à lui rendre hommage. Après la mort de Guillaume Il, arrivée en 926, .le roi Raoul supprima le titre de comte de Berry, donna la propriété de Bourges au vicomte de cette ville et décida qu'à l'avenir ce vicomte, le seigneur de Bourbon, le prince de Déols et les autres barons du Berry relèveraient immédiatement de la couronne. Geoffroy, dit Papabas, que quelques historiens font fils de Guillaume II, fut le premier vicomte de Bourges. C'est pendant son gouvernement que la France fut envahie et dévastée par les Hongrois, dont les contemporains nous ont fait un portrait si effroyable que le souvenir s'en est conservé dans la tradition de l'Ogre, terreur de notre enfance. Geoffroy eut trois successeurs du même nom que lui : Geoffroy II, dit Bosebebas ; Geoffroy III, le Noble ; Geoffroy IV, le Meschin ; tous prirent part aux grands événements qui signalèrent l'enfantement de la monarchie capétienne. Étienne, fils de Geoffroy IV, était vicomte de Bourges en 1061 et mourut sans postérité. Eudes Herpin ou Arpin lui succéda dans la vicomté de Bourges ; il avait épousé Mahaud de Sully, fille et héritière d'Étienne ; d'ailleurs, il prétendait lui-même descendre de Guillaume Ier, le Pieux. Ce sixième et dernier vicomte de Bourges vivait en 1090, lors de la ferveur des premières croisades. En 1101, se disposant à partir pour la terre sainte avec le duc d'Aquitaine, il vendit au roi Philippe Ier sa vicomté pour soixante mille sous d'or. Il se distingua pendant la croisade, fut pris à la bataille de Rama, le 27 mai 1102, et eut beaucoup de peine à se racheter. Enfin il revint en France et se fit moine dans la célèbre abbaye de Cluny, fondée par Guillaume Ier environ 180 ans auparavant ; il n'y mourut qu'en 1109 et y fut enterré. Le Berry fut la première province réunie au domaine de la couronne. A l'époque où la vicomté de Bourges rentrait ainsi au domaine royal, sa juridiction ne s'étendait pas sur tout le Berry ; les possesseurs des grands fiefs du pays s'étaient rendus indépendants, et l'on avait vu s'élever les seigneurs de Sancerre, de Montfaucon, de Charenton, de Germigny, de Vierzon, de Mehun, etc. Les maîtres de ces fiefs, suzerains eux mêmes d'un grand nombre de vassaux, couvrirent le pays d'un réseau de forteresses, destinées à la fois à protéger les campagnes et à les maintenir dans l'obéissance. Les rois, devenus maîtres du Berry, durent forcer ces fiers barons à rentrer dans le devoir et à leur prêter hommage. En 1140, le diocèse de Bourges fut violemment troublé à la mort de l'archevêque Albéric. Dès le temps de Charlemagne, les évêques de Bourges avaient pris le titre d'archevêques et de primats d'Aquitaine, ce qui leur donnait des droits sur les quatre archevêchés de Bordeaux, d'Auch, de Narbonne et de Toulouse. Les chanoines du grand chapitre, dont l'institution remontait à Charlemagne, ayant demandé au roi la permission d'élire un nouvel archevêque, celui-ci les y autorisa, à condition qu'ils ne nommeraient pas Pierre de La Châtre, neveu du chancelier de l'Église romaine ; mais le pape Innocent II investit lui-même ce prélat du pallium, prétendant qu'il fallait « accoutumer ce jeune homme (le roi de France) à ne pas prendre la licence de se mêler ainsi des choses de l'Église. » Louis VII, furieux, jura que, tant qu'il porterait la couronne, Pierre ne posséderait l'église de Bourges ni autre en son royaume. Il ordonna la confiscation du temporel de l'archevêché et mit garnison dans le château de Saint-Palais et dans plusieurs autres places. Pierre de La Châtre, à son retour de Rome, se vit donc refuser l'entrée de Bourges par les gens du roi et fut obligé de se retirer sur les terres que possédait en Berry le vieux comte de Champagne Thibaut, grand ami du clergé et brouillé alors avec le roi. Le pape, de son côté, fulmina une bulle contre Louis le Jeune et mit en interdit tous les lieux habités par ce prince, qui, de même que son aïeul Philippe Ier, ne put, trois ans durant, mettre le pied dans une ville ou dans une bourgade sans que le service divin y fût à l'instant suspendu. Louis VII, pour se venger, dévasta la Champagne, prit d'assaut la forte place de Vitry et l'incendia ; plus de treize cents personnes qui s'étaient retirées dans la principale église périrent alors dans les flammes. Cependant, après trois ans de résistance, le roi se soumit et rétablit lui-même Pierre de La Châtre dans son siège. Depuis ce temps, ils vécurent en bonne intelligence, et le roi abolit même en sa faveur une coutume des temps barbares, qui permettait de piller la maison de l'archevêque après sa mort et d'en emporter les meubles. Les guerres suscitées entre Louis VII et Henri Il d'Angleterre, à la suite de la répudiation d'Éléonore de Guyenne, eurent des suites sanglantes pour les pays du Cher, qui alors limitaient les possessions françaises et anglaises. Les citadelles furent souvent prises et reprises, les villes et les villages livrés aux flammes, les campagnes ravagées. Des bandes de pillards, connues sous les noms de cottereaux, routiers, brabançons, parcouraient le pays, dévastant et tuant sans pitié. Les seigneurs du Berry, effrayés, prirent les armes pour les repousser et les mirent complètement en déroute près de Dun-le-Roi, en juillet 1183. Au XIVe siècle, les combats recommencèrent avec les Anglais. Le Prince Noir, fils d'Édouard III, 'traversa le Berry, brûla les faubourgs de Bourges. Mais le duc Jean, dont nous allons parler, aidé par le comte de Sancerre et Du Guesclin, les chassa du pays. Le Berry, rentré sous le gouvernement royal, demeura pour toujours partie intégrante de la France ; les rois le firent administrer par des baillis, des prévôts et des gouverneurs ; Bourges conserva cependant quelques privilèges de son ancienne juridiction municipale jusqu'en 1474, époque à laquelle le Berry fut assigné comme apanage par le roi Jean à son troisième fils, Jean, après avoir été érigé en duché-pairie. Il y eut alors à Bourges deux juridictions : celle du duc, qui était exercée par son sénéchal et ses autres officiers, et celle du roi, qui était représentée par le bailli de Saint-Pierre-le-Moutiers, qualifié juge des exemptions du Berry, et qui siégeait pour cela à Sancoins. Les causes d'exemption concernaient les cas royaux et les procès des principales églises et monastères du diocèse de Bourges. Jean Ier, duc de Berry, était né en 1340. Ce jeune prince s'était trouvé à la désastreuse bataille de .Poitiers, n'y avait pas été fait prisonnier, mais avait été donné en otage pour son père. Il resta neuf ans en Angleterre et n'en revint qu'en 1365, après la mort du roi Jean. Pendant tout le cours du règne de Charles V, son frère, il combattit les Anglais en Guyenne comme lieutenant du brave Du Guesclin. Sous Charles VI, il fut gouverneur du Languedoc, et il exerça de grandes vexations dans cette province et dans quelques autres qui n'étaient pas de son apanage ; mais il ménagea toujours le Berry comme son patrimoine et y rit même beaucoup de bien en le dotant de grands établissements et de bâtiments considérables. C'est à lui que la ville de Bourges fut redevable d'une Sainte-Chapelle, bâtie, dit-on, sur le modèle de celle de Paris, et d'un palais magnifique dont il ne reste plus de, traces. Pendant les premiers accès de la terrible maladie de Charles VI, son neveu, il gouverna absolument le royaume. :: Histoire du Cher - Partie 1/4 - Partie 3/4 - Partie 4/4 |
|
|
|
|||||||
| :: HAUT DE PAGE :: ACCUEIL |
|
|||||||||