Histoire départements, département de France Départements, département. Aspects historiques
Une rubrique pour partir à la découverte de l'histoire des départements français. Un voyage dans le temps retraçant les événements qui ont forgé l'histoire de chaque département, dévoilant leur origine, leur évolution, leurs industries, les personnages historiques emblématiques.
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Histoire du département
des Bouches-du-Rhône (Partie 5/5)
(Région Provence-Alpes-Côte d'Azur)

Le mécontentement fut très vif dans toute la Provence. On murmurait, on formait des assemblées tumultueuses, on exagérait même les appréhensions. Bientôt, disait-on, la cour imposerait jusqu'aux salaires des ouvriers, jusqu'aux gages des domestiques. Pourtant, rien ne s'organisait, aucun chef ne se présentait encore. Les Provençaux s'en faisaient eux-mêmes le reproche. Quoi ! disaient-ils, n'y aura-t-il personne pour attacher le grelot ? Le seigneur de Châteauneuf, Paul de Joannis, las d'entendre répéter ce mot, s'écria en colère : « Eh bien ! c'est moi qui l'attacherai. » Et, prenant à la lettre l'expression proverbiale, il attacha à sa boutonnière un grelot suspendu à un ruban blanc qui portait le cachet en cire de la maison de Châteauneuf. Cet emblème, adopté par tous les insurgents, leur fit donner le nom de Cascazvéous, qui signifie grelot en provençal.

Au reste, le gouvernement sut adroitement diviser les rebelles, en suscitant le parti des Cascavéous au ruban bleu, qui devinrent les rivaux des Cascavéous au ruban blanc, et bientôt une armée de cinq mille hommes d'infanterie et d e six cents chevaux, sous les ordres du prince de Condé, fit rentrer la province sous l'obéissance, sans effusion de sang. Les états de Tarascon votèrent les 1 500 000 livres demandées. Si l'autorité royale triomphait en Provence, il lui restait encore à y opérer un changement qui lui tenait cher au coeur, à transformer ce pays d'états en pays d'élection. Maintes fois elle en avait menacé les Provençaux, qui, redoutant, plus que les impôts mêmes, cette atteinte à leurs libertés, s'étaient toujours empressés de désarmer la cour par des sacrifices.

Mais enfin le gouvernement du roi résolut d'en venir à bout et, à l'occasion de quelques délais dans le payement d'une certaine contribution extraordinaire, rendit un édit qui établissait en Provence deux présidiaux, à Aix et à Draguignan : chaque présidial composé de deux présidents, de douze conseillers, d'un avocat et d'un procureur général. Le parlement d'Aix refusa d'enregistrer cet édit. Le roi envoya sur les lieux le conseiller d'État Lauzun, pour en exiger l'exécution. Députation des Provençaux à la cour, nouvelles offres d'argent ; point de succès. Le gouvernement, impitoyable, établit les présidiaux, désorganise les états de Provence (1639), en ne les convoquant plus qu'à de rares intervalles et en ne permettant plus aux communautés de s'y réunir que par des représentants.

Quant au parlement, qui n'avait pas craint de refuser l'enregistrement, on l'atteignit par des lettres patentes du mois d'octobre 1647, qui créèrent, sous le nom de sémestre, un autre parlement destiné à alterner ses travaux avec l'ancien, la session de chacun durant six mois. Le nouveau parlement était composé de trois présidents, trente conseillers, tous hommes dévoués à l'autorité royale.

Ces atteintes aux libertés de la Provence amenèrent des troubles qui durèrent plusieurs années, et dont le foyer fut à Aix. La guerre pourtant n'y fut pas renfermée. Elle se fit dans toute la Provence. Le comte d'Alais, gouverneur de la province, fit venir des troupes, le parlement en leva de son côté ; on tint la campagne. Chaque parti dirigea ses coups de main contre les villes qui tenaient pour le parti opposé. Mais le comte de Carces, qui commandait les troupes parlementaires, ayant eu l'imprudence d'engager une action contre le régiment de Montbrun, entre les villes de Barjols et de Brignoles, fut vaincu.

Le parlement ne se laissa pas abattre et la. guerre ne cessa, en 1650, que par l'intervention du maréchal de Saint-Aignan, qui apporta un traité de paix imposé par le roi. Les troubles de la Fronde, qui arrivèrent alors à leur paroxysme, rallumèrent encore quelques étincelles. Des querelles éclatèrent en plusieurs villes entre les sabreurs, ou partisans du parlement, et les canivets, gens du canif, gens de robe, partisans de la cotir. La paix ne fut rétablie que lorsque Mazarin eut consenti à retirer au comte le gouvernement de la Provence pour le donner à Louis de Vendôme, duc de Mercoeur. Le nouveau gouverneur eut toutefois à son tour une révolte à combattre ; ce fut celle de Marseille, à propos de ses consuls. Il en sera parlé sous la rubrique de cette ville, qui perdit enfin, comme toute la province, ses libertés. Il fallait bien, c'était le sort de toute la France, subir le pouvoir niveleur de Louis XIV qui portait partout l'uniformité.

En 1705, la Provence fut encore une fois envahie par les étrangers. Une armée de Piémontais et d'Autrichiens, sous Amédée, duc de Savoie, généralissime, et sous le prince Eugène, vint assiéger Toulon qu'une flotte anglaise bombardait du côté de la mer. Une énergique résistance obligea les alliés à se retirer, et Berwick, les poursuivant, leur fit essuyer un échec près d'Embrun. Au cours du XVIIIe siècle, au milieu de la guerre européenne pour la succession d'Autriche (1744), la Provence eut une autre occasion de signaler son patriotisme en repoussant une nouvelle invasion de Piémontais et d'Autrichiens, encore appuyée par une flotte anglaise.

Quant au mouvement des idées de ce siècle puissant et novateur, elle en prit sa part. Elle eut occasion, comme toute la France, de faire éclater son animadversion contre les jésuites ; comme Paris, elle vit son parlement supprimé par Maupeou ; enfin, lorsque le cours des années amena la Révolution française, elle fut des plus ardentes à attaquer les vieux abus et envoya à l'Assemblée nationale le Jupiter tonnant qui devait les foudroyer, l'éloquent et passionné Mirabeau. Représentée dans l'Assemblée des notables, sous le ministère de Calonne, par les archevêques d'Aix et d'Arles et par le premier président du parlement, elle ne considérait pas cette représentation comme sérieuse, parce que le tiers état n'y avait qu'une part illusoire et presque nulle.

Le débat, en effet, n'était plus entre les provinces et le pouvoir central, mais entre le tiers état et les deux ordres privilégiés, par toute la France. Aussi il éclata sur le sol même de la Provence avant d'éclater plus solennellement à Versailles : l'assemblée des états provinciaux ayant été convoquée (1787-88) à Aix, les ordres s'y livrèrent aux plus vives, aux plus tumultueuses discussions et à des interpellations réciproques qui dégénérèrent presque en injures. Le clergé y était représenté par les évêques, les abbés et le commandeur de Malte la noblesse par cent vingt-huit seigneurs possesseurs de fiefs ; le tiers état par cinquante-six députés des communautés et vigueries. Les trois ordres ne furent d'accord que pour voter une subvention gratuite de 700 000 livres, demandée par la cour ; car ce n'était pas encore la royauté qui était l'objet de la haine et des attaques. Une seconde session des états de Provence eut lieu au commencement de l'année 1789 et rit éclater les mêmes luttes. Mirabeau y apparut pour la première fois, armé de cette dominante éloquence qui allait s'ouvrir une plus vaste carrière.

On procéda aux élections pour les états généraux du royaume, qui devaient s'ouvrir le 5 mai. Les assemblées primaires se réunirent : pour le clergé, dans les villes épiscopales ; pour la noblesse, dans les principales villes des sénéchaussées ; pour le tiers état, dans les communes. Ces assemblées désignèrent les électeurs définitifs, qui se réunirent en assemblée électorale dans six des principal « es villes de la Provence : Draguignan, Forcalquier, Arles, Aix, Toulon, Marseille. Mirabeau, élu à Marseille et à Aix, opta pour cette dernière ville.

Nous ne parlerons pas ici de son voyage de remerciement à Marseille, de l'ovation qu'il y reçut et de son utile intervention pour calmer des désordres qui avaient éclaté. Nous ne détaillerons pas non plus les continuelles agitations de Marseille, la ville rajeunie, la ville démocratique et révolutionnaire de la Provence, tandis que Aix, la ville des nobles et des parlementaires, était déchue de cette suprématie et de cette ambitieuse activité qu'elle avait possédées aux temps où la noblesse faisait la Fronde et où les parlements faisaient de l'opposition.

Un des actes les plus considérables de l'Assemblée constituante fut la division de la France en quatre-vingt-trois départements. La Provence formait alors un gouvernement militaire, composé d'un gouverneur, de quatre lieutenants du roi, d'une maréchaussée entretenue par la province, des gouverneurs de Marseille, du château d'if, de la ville et tour de Toulon et des îles. La justice était administrée par un parlement et par les douze sénéchaux d'Aix, Arles, Draguignan, Digne, Forcalquier, Marseille, Toulon, Grasse, Brignoles, Sisteron, Castellane et Hyères.

Il y avait de plus une intendance, une généralité des monnaies et une cour des comptes. Sous le rapport ecclésiastique, la Provence avait deux sièges métropolitains, Aix et Arles ; dans le ressort du premier étaient les quatre évêchés de Fréjus, Riez, Apt, Sisteron ; dans celui du second, les trois évêchés de Marseille, Toulon et Orange ; les cinq autres évêchés de Provence, Digne, Glandèves, Grasse, Senez et Vence, étaient suffragants de l'archevêché d'Embrun.

Des quatre-vingt-trois départements établis par la Constituante, la Provence en forma trois : Bouches-du-Rhône, Var, Basses-Alpes. Aix resta toujours archevêché métropolitain ; mais Arles fut déchue de ce rang. Si le département des Bouches-du-Rhône se ressentit vivement du contrecoup des révolutions et des réactions qui suivirent 1789 ; s'il prit, en 1815, trop de part à ce que l'on a appelé la Terreur blanche, il jouit, pendant quinze ans, sous la Restauration, d'un calme et d'une prospérité que les agitations de 1830, de 1848 et de 1870 ne lui ont pas fait perdre.

Ses habitants, livrés aux travaux de l'agriculture, aux grandes entreprises industrielles et surtout aux transactions commerciales, que la nature leur rend si faciles dans les campagnes, ou bien, dans les grandes villes, suivant l'impulsion que leur imprime la grande cité marseillaise, ont su trouver pour leur active et intelligente mobilité une existence conforme à leurs goûts et qui est pour eux exempte de besoins et de privations.

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