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HISTOIRE de la VIENNE (86)
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Le département actuel de la Vienne était compris avant 1793 dans la province du Poitou, et son chef-lieu, Poitiers, en était la capitale. Cette ville, d'origine très ancienne, était déjà florissante au moment de la conquête romaine, et portait le nom de Limonum. Sous la domination étrangère, elle changea ce nom pour celui de Pictavium, du nom latin des Pictavi, ses habitants.

Le lieutenant de César, Crassus, fit tomber cette contrée au pouvoir des Romains. Mais au moment de la célèbre révolte de Vercingétorix, les Pictaves s'associèrent au mouvement de toute la Gaule contre les envahisseurs et bon nombre périrent dans la défense d'Alésia. Vaincus par la tactique romaine, les Pictaves furent alors des premiers à se soumettre au joug des conquérants, et depuis lors ils leur restèrent fidèles. Au reste, les bienfaits de la nouvelle civilisation se firent sentir spécialement à Pictavium et ne contribuèrent pas peu à maintenir ses habitants sous la loi des vainqueurs.


Quand les barbares se jetèrent sur la Gaule, tout l'Ouest et le Sud tombèrent aux mains des Wisigoths, et Pictavium devint un des centres de leur puissance. En 507, le roi des Francs, Clovis, fier de sa campagne contre les Bourguignons qu'il avait rendus ses tributaires, porta désormais ses vues de conquête sur les Wisigoths. Les motifs du roi franc étaient nombreux. D'abord ses voisins étaient trop puissants, en outre ils étaient ariens. Tous les évêques de la Gaule étaient favorables à Clovis qui avait embrassé le christianisme après la bataille de Tolbiac.

Vue de Poitiers. Principale porte d'entrée
de la ville, au XVIIIe siècle

Celui-ci marcha donc contre ses ennemis et les rencontra dans la plaine de Vouillé, à quelques lieues de Poitiers, sur les bords de la rivière du Clain. Alaric, qui commandait les Wisigoths, fut tué dans la mêlée par la main de Clovis, et ses soldats, n'ayant plus leur roi à leur tête, furent complètement battus.

Clovis les poursuivit jusqu'à Bordeaux, et de là jusqu'à Toulouse, leur capitale, où il s'empara du riche trésor des rois wisigoths. Le Poitou suivit à partir de ce moment les destinées de l'Aquitaine. A la mort de Clovis, Childebert, son fils, roi de Paris, eut Poitiers sous sa dépendance ; mais cette ville tomba, en 558, sous la domination de Clotaire qui recueillit l'héritage de ses frères. Une des femmes du roi Clotaire, la pieuse Radegonde, effrayée des crimes de son mari, se consacra à Dieu et fonda un monastère de femmes à Poitiers dont elle est devenue la patronne (550).

Au deuxième partage de la monarchie franque, en 561, Poitiers appartint à Caribert. Mais ce prince étant mort en 567, Chilpéric s'en empara, bien que la ville fût échue en partage à Sigebert. Nous ne suivrons pas les divers changements de maîtres que subit le Poitou durant la rivalité de deux femmes célèbres, Frédégonde et Brunehaut.

Dagobert, qui monta sur le trône en 638, établit le duché d'Aquitaine en faveur de son frère Caribert. C'était créer une puissance héréditaire dangereuse pour le pouvoir royal, et cette époque est remplie par les luttes de ces ducs d'Aquitaine contre les maires du palais. En 732, le Poitou fut le théâtre d'un événement remarquable. Les Arabes, maîtres de l'Espagne, avaient franchi les Pyrénées et pénétré en Gaule par la Septimanie. Narbonne, Carcassonne, Nîmes, Toulouse, Bordeaux et plusieurs autres villes avaient été saccagées par eux. Charles Martel, le rude soldat, alors maire du palais, s'avança contre ce flot destructeur. Il trouva les Mahométans campés entre la Vienne et le Clain, près de Poitiers. Les deux armées s'observèrent mutuellement pendant une semaine ; enfin, le huitième jour, le chef des Musulmans, Abd-el-Rhaman, commença l'attaque à la tête de sa cavalerie, mais il ne put parvenir à rompre les rangs épais des Francs qui lui présentèrent une muraille solide hérissée de fer. Il fut tué avec un grand nombre de ses soldats ; les autres prirent la fuite, abandonnant leurs richesses aux vainqueurs. Cette mémorable journée, dont toute la gloire rejaillit sur Charles Martel, affermit considérablement son autorité et facilita l'accès du trône à sa famille.


Église Sainte-Radegonde
à Poitiers, au XIXe siècle

En 778, Charlemagne reconstitua le royaume d'Aquitaine en faveur de son fils Louis qui venait de naître ; ce royaume fut, jusqu'à l'établissement de la féodalité, administré par des comtes amovibles. En 877, Charles le Chauve signa à la diète de Quierzy-sur-Oise un capitulaire qui reconnaissait en droit l'hérédité des fiefs et des offices. Cet acte portait un coup mortel au pouvoir royal. Aussi, sous les derniers Carlovingiens, les prétentions de la plupart des seigneurs furent-elles exorbitantes. Un des comtes héréditaires du Poitou, Guillaume, surnommé Fier-à-Bras, méconnut l'autorité d'Hugues Capet. Le roi de France vint mettre le siège devant Poitiers et obligea Guillaume à se soumettre. Le successeur de Guillaume Fier-à-Bras, Guillaume le Grand, augmenta ses Etats et fonda des écoles. Le petit-fils de ce dernier, appelé aussi Guillaume, se rendit célèbre par ses moeurs dissolues et sa vie aventureuse ; il prit part à la première croisade et mourut en 1126.

Son fils Guillaume fut le dernier duc d'Aquitaine. Sa vie est si pleine de légendes et de prodiges qu'il est impossible de distinguer la vérité historique. Ce que l'on sait d'une façon plus certaine, c'est qu'il abdiqua en faveur de sa fille aînée, Éléonore, qui devint la femme de Louis VII le Jeune. Cette union, contractée déjà avant la mort de Louis VI le Gros, apporta le Poitou et l'Aquitaine au royaume de France.

Mais Louis VII, au retour de la seconde croisade, répudia Éléonore, et celle-ci se maria la même année avec Henri Plantagenet, comte d'Anjou, duc de Normandie et héritier de la couronne d'Angleterre (1152). Presque toute la France occidentale appartint donc, par cette alliance, à l'Angleterre. Richard Coeur de Lion, fils d'Éléonore et de Henri II, fut sacré comte de Poitou ; ce prince mourut au siège du château de Chalus, en Limousin, au mois de mars 1199. En 1204, Philippe Auguste, pour venger la mort d'Arthur de Bretagne assassiné par Jean sans Terre, successeur de Richard, s'empara de la Normandie, de l'Anjou, de la Touraine et du Poitou, qui furent réunis au domaine royal.

SUITE de l'Histoire de la VIENNE


 
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